Grand Paris : osons le débat !
La Tribune.fr - 26/05/08
LIBRE OPINION
Les dernières élections municipales ont eu à Paris le goût amer de l'abstention. Elle a atteint, dans la capitale, des niveaux historiques: à peine plus de la moitié des Parisiens se sont déplacés, soulignant la nécessité de renouer avec une véritable démocratie locale.
Pour les électeurs de droite, cette défaite laisse une impression de rendez-vous manqué, comme si la bataille n'avait pas été livrée sur le seul terrain qui compte: celui du projet. Trop occupée d'elle-même, malgré le combat courageux mené par Françoise de Panafieu, la droite parisienne s'est dispersée dans des querelles de chapelles.
Il y a pourtant urgence. Derrière les paillettes d'un socialisme municipal au service de l'ambition d'un seul homme transparaît une réalité gênante. Année après année, Paris perd de sa substance: désertée par les jeunes ménages que le coût de l'immobilier repousse à la périphérie, boudée par les entreprises, anémiée par un schéma de circulation punitif, elle devient un lieu de villégiature pour touristes étrangers.
Après ces élections sans débat, que va faire concrètement le maire pour l'environnement, pour améliorer la circulation et le stationnement, pour éviter l'exode des classes moyennes et des jeunes ménages? Paris deviendra-t-elle la capitale de la solitude, une ville de pied-à-terre sans diversité sociale? Sera-t-elle une forteresse de la bureaucratie, avec moins de compétences et de libertés que Londres ou Berlin mais beaucoup plus de fonctionnaires (50.000, soit plus que l'Union européenne!)?
Finira-t-elle ville musée, alors que tant d'autres métropoles en Europe et dans le monde attirent les entreprises, les jeunes actifs et les artistes? Maintenant que Paris a emprunté à Lyon ses Vélib et à Saint-Quentin son opération Paris-plage, nous devons répondre aux défis économiques, sociaux et environnementaux qui sont ceux des capitales du XXIe siècle.
Paris vaut mieux que ces kermesses! Son avenir ne peut pas uniquement être traité sous l'angle de campagnes publicitaires. Il mérite un travail de fond, au quotidien, auprès des Parisiennes et des Parisiens. Avec sa proposition du Grand Paris, le président de la république a tracé les contours d'une nouvelle ambition pour une ville qui n'a jamais cessé, au cours de son histoire, de se réinventer. Faisons de cet enjeu majeur l'occasion d'une reconquête du débat démocratique!
Jeunes responsables de l'entreprise, de la sphère publique, de la société civile, nous appartenons à une génération qui compte d'abord sur elle-même et croit à l'initiative. C'est pourquoi nous sommes déterminés à faire entendre notre voix dans ce débat passionnant qui s'engage sur l'avenir de Paris. C'est à la fois une question politique, une question d'urbanisme et une question de citoyenneté.
Question politique d'abord: comment Paris pourrait-elle lutter à armes égales avec les autres métropoles, alors que personne n'a la capacité de parler au nom de l'agglomération dans son ensemble? La réflexion sur le Grand Paris doit être au centre des élections régionales de 2010, car nous payons au prix fort la balkanisation des compétences.
Coût économique: Paris n'a pas son mot à dire sur les grands équipements indispensables à son développement et elle n'a plus la taille critique pour s'imposer comme un pôle d'attraction. Coût social, avec une ségrégation croissante entre la ville-centre et la périphérie. Gâchis environnemental, avec une absence de réflexion au niveau de l'agglomération.
Question d'urbanisme, aussi. Il nous faut retrouver une ambition urbaine, continuer l'histoire d'une Ville lumière qui a toujours su s'embellir en se transformant. Cela passe par la construction de grandes tours. Mais il faut aller au-delà, réinventer un "droit à la ville", rompre avec le XXe siècle des banlieues pour entrer dans le XXIe siècle de la ville.
Pour cela, toutes les pistes doivent être explorées. Pourquoi ne pas couvrir intégralement le périphérique d'ici à 2012 pour rétablir la continuité avec les villes voisines? Près de 40% du bâti existant devra être reconstruit dans les vingt prochaines années: marquons le paysage urbain par un habitat renouvelé, fonctionnel et esthétique, plus respectueux des exigences environnementales!
Accélérons l'émergence d'un grand pôle d'affaires dans l'Est parisien, misons sur l'enseignement supérieur et la recherche en créant deux grands campus! Paris doit redevenir un espace de solidarité active et de promotion sociale: dotons-nous d'une véritable politique du logement à l'échelle de l'agglomération!
Question de citoyenneté enfin. Il faut aller plus loin dans la remise en cause des conservatismes; plus loin dans la construction d'une démocratie locale ouverte, réunissant la droite républicaine, le centre et les forces d'ouverture; plus loin dans la modernisation du statut municipal, qui cantonne les élus dans un rôle purement consultatif, leur laissant simplement gérer la file d'attente pour les crèches et les logements sociaux; plus loin dans la prise en compte de toutes les diversités de Paris; plus loin dans l'écoute et le dialogue avec les Parisiennes et les Parisiens.
C'est pourquoi nous entendons, au-delà de tout esprit de clan, nous constituer en force de proposition, en lançant l'association "Projet Paris 21". Paris 21 parce qu'il est grand temps, pour la capitale de la France, de se projeter dans notre siècle en faisant tomber les vieilles bastilles et les frontières d'un autre temps. Paris 21 en référence aussi à cet "Agenda 21" du développement durable qui doit aujourd'hui inspirer toute action publique responsable.
Les talents, les énergies, les volontés sont là et ne demandent qu'à se rassembler. Le défi que nous lancent la mondialisation et le développement des autres grandes métropoles internationales ne nous attendra pas. Les perspectives d'avenir et les raisons d'espérer sont là également, avec le projet du Grand Paris. A nous de nous en saisir !