Christian Blanc: le ministre mystérieux
PRESSE I LEXPRESS I 27/09/09 Par Jacques Trentesaux
Il irrite, séduit ou déconcerte... Alors qu'il va enfin révéler ses projets pour la région capitale, enquête sur un ministre atypique.
Le taiseux va parler. Enfin! A compter de la mi-février, Christian Blanc va commencer à égrener ses projets pour le Grand Paris au rythme d'un par mois. Et ils seront décapants. Nouveau schéma des transports, aménagement de la zone de Roissy: les annonces du secrétaire d'Etat au Développement de la région capitale sont attendues avec impatience. Et pour cause ! Secret, voire distant, le ministre n'a organisé que deux conférences de presse en onze mois. "Il sait toujours mettre le facteur temps de son côté, explique son directeur de cabinet, Marc Véron. C'est indispensable pour élaborer une stratégie de long terme."
Christian Blanc, 66 ans, est aussi un gros bosseur. Il n'aime rien tant que de se rendre sur le terrain, sans chichis ni aréopage. On l'a vu circuler en voiture au Blanc-Mesnil, en compagnie de la communiste Marie-George Buffet; arpenter les quartiers sensibles de Seine-Saint-Denis; ou rendre visite, dans leurs ateliers, aux équipes d'urbanistes qui planchent sur le Grand Paris. Christian Blanc a horreur des protocoles et ne cherche pas à arrondir les angles. Il pèche parfois par excès de condescendance, comme lorsqu'il dénonce, en public, l'incapacité des élus ou les "pesanteurs de l'administration centrale".
Surtout, rien ne filtre de ses intentions. Ce qui agace prodigieusement. "Je ne crois pas que cela soit un coup gagnant que de tout faire dans une cage de Faraday", dénonce Jean-Paul Huchon, président (PS) du conseil régional d'Ile-de-France, qui se dit victime "d'ostracisme". Les critiques fusent, nombreuses: la démarche "technocratique" de Blanc serait dépassée dans un pays décentralisé ; il se conduirait en patron autocrate et "coupé des réalités" là où il faudrait jouer collectif. Le silence du secrétaire d'Etat trouble jusqu'à ses collègues du gouvernement. Avec Jean-Louis Borloo, son ministre de tutelle, ses relations sont quasi inexistantes. Avec Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et candidate à la région, les frictions ont été vives. A tel point que François Fillon a dû jouer les pompiers.
Pour Blanc, tout ne tient en fait qu'à un fil: le soutien du président de la République. Les deux hommes se connaissent mal. Mais ils s'estiment depuis ce jour de 1993 où le tout nouveau PDG d'Air France, alors en quasi-faillite, est venu frapper à la porte du ministre du Budget de l'époque.
"Il a fallu dix-neuf ans à Haussmann..."
"Il m'a reçu dans la journée, posé les bonnes questions et accordé aussitôt l'aide exceptionnelle que je lui demandais, se souvient Christian Blanc. Nicolas Sarkozy est plus construit qu'il ne le laisse paraître. C'est un homme d'intuitions stratégiques." Les deux hommes partagent un goût prononcé pour la réforme. Mais leurs rythmes diffèrent. Impatient, le président a demandé à son ministre d'accélérer son calendrier.
"Mon ambition est historique, martèle l'intéressé. Le baron Haussmann a mis dix-neuf ans pour concevoir le Paris du XIXe siècle; Paul Delouvrier, neuf ans pour remodeler celui de l'après-guerre..." Lorsqu'il sera sûr d'avoir accompli au mieux sa mission, Christian Blanc allumera l'un de ses fameux cigares dont il raffole, réfléchira une dernière fois dans un halo de fumée, et tranchera. Convaincu que ses propositions s'imposeront d'elles-mêmes par leur pertinence. Et s'il n'était pas suivi par le président? Christian Blanc tirerait aussitôt sa révérence - comme il en est coutumier. Nicolas Sarkozy le sait. "Je suis un type libre", glisse Blanc. Une confession qui sonne comme un avertissement.