Grand Paris : quelle frontière ?
En expert, Pierre Merlin revient sur une ambition nécessaire qui piétine.
L’appel publié pour un Grand Paris n’a pas suscité que des ovations.
Un appel pour le Grand Paris [notre n° du 10 mars], signé par une vingtaine d’architectes et d’urbanistes de renom. Il y a sans doute un audacieux projet derrière. Déception sur toute la ligne. Que proposent nos concepteurs ? L’institution d’une conférence métropolitaine et d’un Atelier de la métropole parisienne dont le rôle serait on ne peut plus vague. Quel territoire pour ce Grand Paris ? « […] le territoire desservi (sic) par les quatre premières zones de la carte orange ». Un coup d’œil à la carte montre qu’on exclurait ainsi les villes nouvelles, la vallée de Chevreuse et l’aéroport de Roissy-CDG. A l’appui de cette surprenante frontière, une kyrielle de chiffres grossièrement faux quant à sa surface (6 % et non 4 % de la région), de sa population (7 millions et non 5), de sa part dans les déplacements régionaux (60% et non 90%), de sa part dans le PIB (20% et non 30%, ce qui dépasserait la totalité du PIB régional).
Il y a certes à réfléchir sur l’occasion unique offerte par l’élaboration du nouveau schéma directeur régional. Ce schéma sera-t-il un document de plus sans prise sur la réalité ? Ouvrira-t-il, comme son devancier de 1994, les portes grandes ouvertes aux appétits fonciers des promoteurs ? Ou saura-t-il proposer une organisation urbaine économe en espace et donc en énergie, réduisant les émissions de polluants et de gaz à effet de serre ? Bref, traduira-t-il, dans des prescriptions précises et non dans des mots, la notion d’Eco-Région avancée par son président, Jean-Paul Huchon ? Proposera-t-il les moyens d’une restructuration de l’agglomération autour de quelques centres urbains polyfonctionnels drainés par un réseau de transports en commun enfin prioritaire ? Il y a là des enjeux lourds. Ce n’est pas la création d’une « conférence » et d’une « Agence » de plus qui y répondra. Les compétences et les idées existent déjà. Ce qu’il faut, c’est davantage de volonté politique.
Pierre Merlin, Paris (3 e )
http://obsdeparis.nouvelobs.com/articles/p228_2120/a271772.htm