Le Grand Paris ? Chiche !

Publié le par Grand Paris

Point de vue

Le Grand Paris ? Chiche !, par Guy Burgel

LE MONDE | 12.07.07 | 14h39 • Mis à jour le 12.07.07 | 14h39

 

par Guy BURGEL

Professeur à l'université Paris-X et au CNAM


Nicolas Sarkozy fait vraiment bouger les lignes. Idéologiquement, on peut le regretter. Mais politiquement, il faut le reconnaître. Ainsi en est-il du destin de la capitale. En quelques phrases, à l'occasion de l'inauguration du satellite 3 de Roissy, voici plus de quatre décennies de fausses orientations bousculées, qui coûtent cher à Paris et à la France.

 

D'abord, la conviction, longtemps portée par la Datar, que tout ce qui pouvait favoriser la capitale nuisait au pays. Ainsi, les métropoles provinciales - et c'est bien - se sont relevées, et Paris a perdu des points face aux grandes métropoles mondiales. Le sous-investissement dans l'université et la recherche en est un témoin dramatique. Il faudra beaucoup de confiance dans les pôles d'excellence, de foi dans l'autonomie nouvelle des établissements et des financements massifs dans les infrastructures et les hommes pour remonter la pente.

La priorité soulignée aux équipements de transports lourds en proche banlieue (métrophérique) plutôt qu'au joli tramway constitue le deuxième choc, pour servir de levier, par une mobilité efficace retrouvée, à la relance du logement et de l'emploi et à la promotion d'une ville plus durable. Ensuite, l'éloge appuyé et univoque de la densité urbaine à taille humaine s'inscrit en rupture de l'urbanisation périphérique, de l'éclatement des centralités qui ont été si dévastateurs par la dispersion de l'urbanité et la mystification des rêves de nos contemporains. Voilà une stratégie d'urbanisme claire et sans ambiguïté qui lie l'avenir de la capitale au seul devenir de l'agglomération centrale.

Mais c'est sans doute dans la préfiguration d'une autre "organisation des pouvoirs" que le président est le plus novateur. En parlant ouvertement d'une "communauté urbaine" parisienne, les certitudes que les meilleurs spécialistes et quelques grands commis de la chose publique tenaient encore pour immuables il y a quelques semaines en ressortent ébranlées : que l'Etat n'admettrait jamais la concurrence d'une puissance démographique, économique et politique de cette importance, que les collectivités territoriales d'Ile-de-France (municipalités, départements, etc.) feraient de la résistance ultime au nom de la décentralisation, ou que les citoyens s'effraieraient au titre de la démocratie de proximité.

Rien n'est joué. Et un discours n'est pas un acte. Mais la gauche francilienne - Ville de Paris et région en tête - serait bien inspirée de dire chiche au président et de relever ensemble le défi du Grand Paris plutôt que de s'arc-bouter sur des conflits de compétences. Paris méritait une messe pour Henri IV ; la capitale mérite bien un compromis historique au XXIe siècle.




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