Lettre ouverte à J.P. Huchon par C. Pernès

Publié le par Grand Paris

TRIBUNE LIBRE
Par Claude Pernès

LE FIGARO 24/09/2008
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Le maire de Rosny-sous-Bois, conseiller régional (Nouveau Centre) et président de l'Association des maires de l'Ile-de-France, lance un appel au président de la Région pour modifier ou reporter le schéma directeur de l'Ile-de-France, qui doit être voté aujourd'hui.

Décidément, la Région Ile-de-France joue de malchance dès qu'il s'agit de documents majeurs d'urbanisme tels que le schéma directeur de la Région Ile-de-France, plus connu par son acronyme Sdrif. En effet, au matin du vote par les conseillers régionaux, c'est le psychodrame ! Si j'en crois les déclarations concordantes de Christian Blanc, secrétaire d'État au Développement de la Région capitale et celle de Roger Karoutchi, président du groupe Majorité présidentielle au conseil régional, le texte, dans sa mouture actuelle, n'obtiendrait pas l'aval de l'État, ce qui aboutirait à un enterrement de première classe.

Nous pouvons regretter l'heureux temps des grands plans nationaux, alors que l'État prenait seul les décisions… Sauf qu'aujourd'hui, de tels procédés ne sont plus possibles : la démocratie et la décentralisation sont passées par là. Aucun élu local ne pourrait accepter l'idée même de subir des changements profonds sur son territoire sans être consulté. Ce Sdrif est le premier à être issu d'une concertation dite «généralisée». L'exercice n'est pas aisé. Il faut satisfaire les attentes, toujours très fortes et parfois contradictoires, de la population, relayées par les élus locaux. Mais il faut déterminer des priorités.

Ce fut le rôle du conseil régional, qui s'est réellement investi dans ce processus de révision du Sdrif dans un esprit de concertation. La commission d'enquête a émis un avis favorable, assorti de quatre réserves et quinze recommandations que vous assurez, Monsieur le président, avoir prises en compte dans le document final que vous allez soumettre au conseil régional, sans avoir pu en débattre au sein du comité de pilotage.

Jusqu'à présent, le dialogue semblait avoir prévalu. Nous sommes tous d'accord sur les grands axes. Quel élu ne souhaiterait pas offrir des logements, favoriserle développement économique, l'emploi, les transports, tout en préservant l'environnement et en permettant à notre Région de conserver sa situation de premier plan parmi les grandes capitales du monde ? Plusieurs projets emportent d'ailleurs l'approbation générale : Arc Express, l'extension d'Eole à l'ouest via la Défense, CDG express, développement du plateau de Saclay, un certain nombre de prolongements de métros… Dans ces conditions, pourquoi l'État persisterait-il à vous refuser la validation de ce document ? Pour trois raisons seulement : les hypothèses de croissance trop faibles ; le seuil de 30 % de logements sociaux dans chaque commune, alors que la loi n'en prévoit que 20 % ; le risque de tutelle de la Région sur les autres collectivités. Y a-t-il donc là matière à un blocage aux conséquences dramatiques ?

À propos des chiffres de la croissance, le président de la République vous a invité à être plus ambitieux et à développer la Région capitale, qui marque le pas face à la concurrence internationale. Pourquoi ne pas faire vôtres ses objectifs ? Même si la croissance ne se décrète pas, c'est un signe fort que vous devez envoyer aux Franciliens. En matière de logements sociaux, pourquoi cette surenchère gratuite, alors que certaines communes ont déjà du mal à atteindre leurs objectifs ? Enfin, malgré la mise en avant du principe de subsidiarité, force est de constater que le projet du Sdrif laisse planer la menace d'une tutelle sur les autres collectivités. Or la Région ne doit pas avoir le droit, en vertu du principe d'indépendance des collectivités territoriales, d'imposer ses décisions.

Alors, Monsieur le président du conseil régional, allez vous risquer de mettre en péril l'avenir de la Région capitale pour quelques divergences idéologiques ? Et même si vous vous estimez à la merci du calendrier politique, l'enjeu ne mériterait-il pas que vous reportiez de quelques mois cette décision, en renouant le dialogue avec l'État plutôt qu'en engageant un bras de fer dont l'issue est pour le moins incertaine ? Sauf si vous avez, poussé par vos amis politique, la volonté d'en faire un enjeu électoral pour les élections régionales à venir.

Si l'Ile-de-France venait à être privée de ce document-cadre, son prestige et son attractivité diminueraient considérablement. Et si la croissance de l'Ile-de-France était en panne, c'est l'ensemble du pays qui serait amené à en souffrir.

Je vous le demande solennellement au nom des Franciliens, Monsieur Huchon, faites donc un dernier petit effort, alors que nous sommes si près d'aboutir à un consensus. Car rappelez-vous, Monsieur le président, ce qu'écrivait en d'autres circonstances Pierre Choderlos de Laclos : «Une occasion manquée se retrouve, tandis qu'on ne revient jamais sur une démarche précipitée.»

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