La petite voie du Grand Paris

Publié le par Association Grand Paris

Excellent résumé des insuffisances du projet actuel du Grand Paris, centré essentiellement sur une infrastructure de transport et l'aménagement de quelques pôles de développement économique, et qui passe à côté d'une occasion historique de repenser l'aménagement du territoire francilien.
A.D.


PRESSE  I LIBERATION 06/10/09 I Par ALAIN AUFFRAY, SIBYLLE VINCENDON

Axé sur les transports, le projet présenté ce matin au gouvernement manque de vision

Un aboutissement? Pas sûr, mais une étape, certainement. Cinq ans de débat sur l’organisation de la métropole parisienne débouchent ce matin sur la présentation en Conseil des ministres d’un projet de loi sur le Grand Paris. Concocté par le secrétaire d’Etat au Développement de la région capitale, Christian Blanc, le texte arrive dans un climat très polémique.

Que contient le projet ?

Avant tout, la création d’un réseau de transports collectifs. Le texte prévoit une double boucle de métro automatique entourant la capitale. Le tracé passe en première couronne, où les besoins sont flagrants : les déplacements de banlieue à banlieue représentent 70% des trajets, avec des dessertes en transports collectifs «lourds» (métro ou tramway) inexistantes. Mais cette grande boucle passe aussi plus loin, vers le plateau de Saclay au sud, «dans les champs de patates», selon le terme de Jean-Paul Huchon, président (PS) de la région Ile-de-France. Au total : 130 kilomètres de parcours et quarante à cinquante gares.

Pour mener ce chantier, la loi instaure une Société du Grand Paris (SGP), dirigée par l’Etat. Les collectivités locales siègent en minorité au conseil de surveillance. Au-delà, la SGP se voit confier l’aménagement de vastes zones autour des gares. Elle dispose d’une arme fatale : le droit de préemption et d’expropriation des sols. Les périmètres concernés pourraient atteindre 500 hectares en moyenne, ce qui couvrirait des communes entières et une surface totale deux fois supérieure à celle de Paris. Les élus y perdent toutes leurs compétences d’urbanisme. Les récentes modifications du texte ont un peu arrondi les angles : la préemption ne sera possible que dans les zones où Etat et collectivités auront signé un «contrat de développement territorial». Cela sous l’égide du préfet de région et non plus sous celle du patron de la SGP, à la légitimité discutable.

Enfin, le projet Grand Paris contient des dispositions spécifiques pour la «création d’un pôle scientifique et technologique sur le plateau de Saclay».

Quel sera le financement ?

Question douloureuse. Nicolas Sarkozy a confié, en avril, une mission sur le sujet à Gilles Carrez, rapporteur (UMP) de la commission des finances de l’Assemblé nationale. Six mois plus tard, Christian Blanc et Gilles Carrez ont des conclusions diamétralement opposées. Blanc chiffre sa double boucle à 20 milliards d’euros et compte l’avoir terminée en 2023. Pour Gilles Carrez, on ne peut financer seulement le métro du futur. Il faut aussi améliorer le réseau actuel. Celui-ci a fait l’objet d’un énorme plan de mobilisation élaboré par la région, d’un montant de 17 milliards d’euros, dont 12 fournis par les collectivités. Gilles Carrez en reprend une partie, y ajoute un morceau de la double boucle et arrive à une première phase de 24,4 milliards d’euros jusqu’en 2025. Le reste attendra. Ce qui fâche Christian Blanc. Pour trouver la somme, la loi permet à la SGP d’emprunter. Mais Gilles Carrez n’est pas très chaud. Il préfère augmenter le versement transport des entreprises, le prix du ticket et les amendes de stationnement. Quant à la taxation des plus-values immobilières générées par le nouveau métro, le député a calculé qu’elle ne rapporterait guère plus d’un milliard d’euros.

Le projet est-il ambitieux ?

Pas vraiment, si on le compare aux travaux des dix équipes d’architectes qui ont été conviées par le Président à réfléchir au«grand pari de l’agglomération parisienne». Leurs pistes, très riches, dessinaient «la métropole post-Kyoto». Le projet du gouvernement est «plutôt un plan de transports», dit l’architecte Jean Nouvel, l’un des concurrents.

Le Grand Paris, facteur de divisions ?

Christian Blanc minimise son différend bien réel avec François Fillon. Il assure que dans sa version définitive, le projet de loi le«satisfait pleinement», suggérant que sinon, il ne le présenterait pas ce matin. Le 30 septembre, une source non identifiée avait transmis à l’AFP une lettre dans laquelle le secrétaire d’Etat disait au Premier ministre sa «surprise» de constater que le texte qui venait d’être transmis au Conseil d’Etat «s’écartait de façon très substantielle» du «produit fini» arbitré le 25 septembre lors d’une ultime réunion interministérielle. «Je vous demanderai de surseoir à la transmission au Conseil d’Etat du document amendé par votre cabinet sous sa seule responsabilité», concluait sèchement Blanc. Hier matin, il banalisait une «note» rédigée à chaud dans «un style personnel».

Certaines des modifications contestées n’apparaissent plus dans la version définitive du texte. Blanc estime qu’il est un «bon équilibre» entre les exigences «d’efficacité» et de «partenariat avec les collectivités locales». Mais hier soir, il est revenu sur les vicissitudes de son projet devant plusieurs élus d’Ile-de-France reçus à son ministère. Selon l’un des convives, il a «dénoncé les complots successifs» dont il aurait été la cible «pour casser la cohérence» de son projet. Il s’en serait pris explicitement à des parlementaires, des ministres et aussi au Premier ministre.

Et la gouvernance ?

Dès le 26 juin 2007, Nicolas Sarkozy détaillait, dans un discours prononcé à Roissy, son ambition pour le Grand Paris. Il jugeait nécessaire de revoir les pouvoirs dans l’agglomération parisienne, «la seule de France à ne pas avoir de communauté urbaine».

Début 2009, Edouard Balladur proposait dans son rapport sur la réforme territoriale la fusion de Paris et des trois départements de la petite couronne. Vivement critiqué, le projet a été aussitôt enterré. Le chef de l’Etat a renvoyé la question à plus tard, estimant qu’il fallait «d’abord définir un projet, avant de retenir un modèle d’administration».

Pour Pierre Mansat, adjoint (PCF) au maire de Paris, chargé des relations avec les collectivités territoriales, c’est sur «les faiblesses de la gouvernance», inexistante au niveau de l’agglomération, que Christian Blanc «s’est engouffré» pour«développer l’idée de l’Etat stratège, de l’efficacité».

Publié dans Actualité Grand Paris

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